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Mais qui est ce Reza Zarrab dont les révélations font trembler Ankara ?

Le trentenaire d’origine iranienne qui a acquis la nationalité turque sur le tard est au cœur d’un scandale politico-financier qui sème la panique à Ankara.

Reza Zarrab, qui a affirmé hier devant le tribunal avoir versé des pots-de-vin à l’ancien ministre turc Zafer Caglayan, est revenu à la charge aujourd’hui en révélant qu’il avait également versé de l’argent au directeur de la banque Halkbank, Süleyman Aslan, un accusé en fuite.

“Il est devenu un diffamateur en raison des pressions”, a rétorqué le porte-parole du gouvernement turc, Bekir Bozdag. “Nous n’avons rien à nous reprocher”, a tranché le président Recep Tayyip Erdogan, quelques minutes avant que Zarrab affirme que Erdogan, alors Premier ministre, avait lui-même donné l’ordre de contourner les sanctions américaines contre l’Iran.

Les révélations de ce golden boy présenté jadis par Erdogan comme un “bienfaiteur”, voilà ce que redoutait Ankara. Le pouvoir avait même publié un décret-loi spécialement pour lui, accordant au chef de l’Etat la possibilité de procéder à un échange de prisonniers. Il pensait ainsi échanger Zarrab contre le pasteur américain Andrew Brunson détenu en Turquie mais l’expérience avait tourné court.

Depuis, le parti au pouvoir, les responsables gouvernementaux, la chaîne publique et l’agence de presse officielle font tout pour décrédibiliser l’affaire ou atténuer ses impacts.

La presse pro-Erdogan, qui soutenait jadis Zarrab, le dépeint dorénavant comme un “espion”. Le journal Sabah a évoqué carrément une “pièce de théâtre mise en scène par FETÖ et les voleurs impérialistes”. “FETÖ” signifiant le Hizmet, ce mouvement initié par Fethullah Gülen, que le pouvoir tient pour responsable de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. En réalité, depuis la révélation des affaires de corruption des 17 et 25 décembre 2013, où le nom de Zarrab est apparu pour la première fois, tous les malheurs qui irritent le pouvoir sont imputés au mouvement Gülen.

Zarrab tiyatrosu

Zarrab s’était en effet retrouvé au centre d’une retentissante affaire de corruption impliquant des ministres. Le 17 décembre 2013, la police d’Istanbul et d’Ankara avait arrêté 52 personnes. Les fils du ministre de l’Intérieur Muammer Güler, du ministre de l’Economie Zafer Caglayan et du ministre de l’Environnement et de l’Urbanisme Erdogan Bayraktar étaient parmi les détenus. Le maire de la municipalité de Fatih, Mustafa Demir, l’homme d’affaires Ali Agaoglu, le directeur de Halkbank, Süleyman Aslan, et Reza Zarrab faisaient également partie des personnes en garde à vue.

La police avait découvert 4,5 millions de dollars empilés dans des boîtes à chaussures chez Aslan. Elle avait également trouvé un coffre-fort dans la maison du fils du ministre Güler.

Les quatre ministres avaient fini par démissionner, Bayraktar lançant “Pour le bien-être de cette nation et de ce pays, je crois que le Premier ministre devrait également démissionner”. Au contraire, celui-ci avait crié au complot et accusé le Hizmet d’avoir bâti un “Etat parallèle” avec ses propres policiers et magistrats dans le seul dessein de le renverser.

La situation avait été rapidement reprise en main. Les magistrats et les policiers furent évincés et Zarrab réhabilité. L’épouse du chef de l’Etat, Emine Erdogan, avait même remis un prix à Zarrab, qui avait donné des millions de dollars à l’organisation caritative de la famille Erdogan.

Un an plus tard, le gouvernement turc lui décernait le titre d’exportateur de l’année pour sa contribution à l’économie turque, tandis que les médias pro-gouvernementaux saluaient ses efforts pour avoir réduit le déficit du compte courant de la Turquie.

Entre-temps, le mouvement Gülen a subi répression, spoliations et sanctions. Bekir Bozdag est allé jusqu’à assurer que le système judiciaire américain avait été infiltré par des gülenistes. “Ridicule“, a sèchement rétorqué Washington.

Le fin mot est revenu à Kemal Kiliçdaroglu, le président du CHP qui vient de révéler des transferts d’argent à une société offshore de la famille Erdogan sur l’île de Man. “Zarrab a versé des pots-de-vin. Et on le sait tous. Ce qui me met mal à l’aise, c’est que ce déballage ait lieu aux Etats-Unis. N’avait-on pas de justice en Turquie ?”.

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