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“Oublié” en prison, le journaliste turc Emre Soncan pousse un cri de douleur

Emre Soncan. Un jeune journaliste du quotidien Zaman, envoyé en détention au lendemain du putsch avorté du 15 juillet 2016. Ancien correspondant du journal le plus diffusé de Turquie au palais présidentiel, Soncan est accusé de faire partie d’une organisation terroriste, le “FETÖ” dans le jargon officiel, le “Hizmet” pour ceux qui croient encore à la présomption d’innocence et à la responsabilité individuelle. Ce mouvement initié par Fethullah Gülen est, en effet, accusé par le président Recep Tayyip Erdogan d’avoir fomenté la tentative de coup d’Etat. Depuis, la justice turque essaie de prouver cette assertion…

Entre-temps, près de 50 000 personnes ont été emprisonnées, qui pour avoir soutenu financièrement le Hizmet, qui pour avoir été en liens avec celui-ci, qui pour une raison totalement étrangère à la sédition de l’été 2016. Et parmi ces détenus, figurent près de 170 journalistes, loin d’être logés à la même enseigne.

Hier, le célèbre journaliste Kadri Gürsel a été remis en liberté. Célèbre, l’adjectif qui finit toujours par rendre votre détresse audible, au mieux dans le monde entier, au pis dans les colonnes aseptisées des journaux qui poursuivent clopin-clopant la résistance. C’est déjà ça.

Emre Soncan a le malheur de condenser deux “tares” : il ne fait pas partie du gratin journalistique comme les Ahmet Altan, Sahin Alpay, Ahmet Sik, etc. et, surtout, c’est un ancien de Zaman. Autrement dit, un pestiféré aux yeux de ses propres collègues qui n’ont jamais cru à la liberté de la presse quand sa violation concernait les médias de droite.

C’est animé de cette injustice dans l’injustice que Soncan a poussé un cri de douleur du fond de sa geôle. “Les députés du CHP et l’Association des journalistes viennent souvent rendre visite à nos collègues à Silivri. Mais ils ne rencontrent que certains journalistes et évitent d’autres”, dit-il avant de lancer : “Au nom de ma profession pour laquelle je croupis en prison et de la démocratie pour laquelle je paie un lourd tribut, j’ai honte de cette discrimination primitive”.

C’est sans doute le drame de la Turquie : chacun n’est démocrate que pour soi-même. Et lorsque celui qui est une victime, un rescapé, un oublié se trouve être d’un autre bord idéologique, il devient le cadet des soucis pour tout le monde. Emre Soncan en est devenu malheureusement l’exemple typique.

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