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Le journaliste turc Ahmet Turan Alkan : “Ce procès résulte d’un désir de vengeance”

Trente anciens journalistes et employés du journal Zaman, aujourd’hui fermé, ont comparu devant le tribunal d’Istanbul pour répondre des accusations d’ “appartenance à une organisation terroriste” et de “tentative de renversement de l’ordre constitutionnel”. Ils risquent la perpétuité.

Le journal Zaman était proche du Hizmet, ce mouvement initié par Fethullah Gülen, que le pouvoir turc accuse d’être le cerveau de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016.

Sahin Alpay, Ahmet Turan Alkan, Mümtaz’er Türköne, Mustafa Ünal, Ali Bulaç.

Dans l’audience d’aujourd’hui, plusieurs journalistes ont pris la parole et rejeté les accusations du parquet. L’un d’entre eux, Ahmet Turan Alkan, chroniqueur du quotidien le plus vendu de Turquie, a tiré à boulets rouges contre le tribunal.

Nous reproduisons ici des extraits de sa défense :

“On ne peut jamais prendre à la légère le fait de dérober par la force 500 jours de la vie d’un homme. Vous en êtes conscients, tout le monde le sait. Ce procès ne résulte pas d’une infraction prévue par le droit. Il résulte d’un désir de vengeance, d’une animosité politique.

Est-si facile de dérober 500 jours de la vie d’un homme avec des accusations fragiles et dénuées de caractère sérieux ? Je réponds : oui, dans la République de Turquie qui est un Etat de droit, c’est facile.

Tous ceux qui se défendent disent ‘en réalité, je n’allais pas écrire dans ce journal mais en passant devant, j’ai semblé y écrire’. Moi, j’y ai écrit pendant 20 ans. Je suis un chroniqueur du journal Zaman. Et j’y ai écrit jusqu’à la nomination de l’administrateur. J’ai écrit ce que je pensais. Je ne suis engagé ni en faveur d’Erdogan ni en faveur de Gülen. J’en suis honoré.

“L’Etat veut que je perde la raison”

Cette attitude qui est la mienne est la seule chose que je vais laisser en héritage à mes enfants et mes petits-enfants car je ne sais pas si je vais sortir de prison, vivant ou non.

Vous l’ignorez sans doute mais depuis 500 jours, nous sommes à l’isolement. Nous sommes traités comme des traîtres et c’est un traitement officiel. L’Etat veut que je perde ma raison à l’intérieur. J’en veux à mon Etat qui espère que je perde la boule.

“Les journalistes de Zaman sont délaissés”

Les journalistes de Zaman sont délaissés. Personne ne veut nous soutenir car on nous a apposé le label de ‘FETÖ’. On me dit que la Cour européenne des droits de l’homme finira par me verser des dommages et intérêts. Que vais-je faire de cette compensation pécuniaire ?

Tout le monde le sait mais personne ne l’avoue, la justice subit une forte pression. Ce gouvernement n’a jamais pris la responsabilité de ses erreurs politiques, il les a toujours imputées à d’autres. Et la responsabilité des injustices qui émergent de ces procès iniques va encore être imputée à des fonctionnaires. On en est tous conscient.

“Nous serons libérés quand les équilibres changeront”

La vie de ce dossier judiciaire est liée à l’avenir de la volonté qui nous a coffrés ici. Nous serons libérés quand les équilibres changeront. Car nous ne sommes pas coupables. Nous sommes des figurants. Et cela, personne ne le dit clairement, c’est la raison pour laquelle je suis un peu en colère contre mes collègues.

Je n’attends pas de pitié de votre part. Je ne veux rien d’autre que l’application des lois. Je pense qu’il n’y a pas une très grande distance dans ce procès entre ceux qui jugent et ceux qui sont jugés. Nous, nous sommes sous pression et je pense que l’appareil judiciaire aussi est sous une autre forme de pression. On a l’impression que dans cette salle, se promène le regard menaçant du grand frère. Je voudrais terminer en citant un doyen du journalisme qui disait ‘Il est des tribunaux où il est préférable de se retrouver sur le banc des accusés plutôt qu’à l’emplacement des juges’ “.

Le tribunal a rejeté les demandes de remise en liberté des journalistes et fixé la date de la nouvelle audience au 5 avril 2018.

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