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Quand le procureur d’Istanbul montre un faux pour prouver que Gülen donnait des ordres à des magistrats turcs

Le procureur général d’Istanbul, Irfan Fidan, a présenté, vendredi 15 décembre, “la preuve la plus concrète” s’agissant de l’implication de Fethullah Gülen, accusé par le pouvoir d’être le cerveau de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, dans les affaires de l’Etat en brandissant une lettre qu’il aurait rédigée à l’attention de magistrats pour obtenir la libération de sympathisants de son mouvement, le Hizmet.

Selon le document, Gülen demande aux juges affiliés au Hizmet de libérer des policiers et des journalistes qui avaient été arrêtés entre 2014 et 2016, comme Hidayet Karaca, le directeur de la chaîne Samanyolu, et Hüseyin Korkmaz, un ancien commissaire qui avait dirigé des enquêtes anti-corruption visant des proches de Recep Tayyip Erdogan.

Assez étrangement, le document sort à un moment où ledit Korkmaz témoigne aux Etats-Unis dans le procès de Reza Zarrab. “Erdogan était le principal suspect des affaires de corruption”, a-t-il assuré lors d’une audience en début de semaine. Alors que la Turquie rappelle souvent qu’elle a envoyé près de 80 cartons de preuves sur l’implication de Gülen dans le putsch avorté, c’est seulement aujourd’hui qu’apparaît soudain cette “preuve la plus concrète”.

Le courrier est daté du 19 avril 2015, porte la signature de Gülen et est expédiée de Pennsylvanie, où vit le penseur depuis 1999. “Monsieur le juge du tribunal pénal, je sens qu’il est nécessaire de libérer nos frères qui sont en prison. Inchallah, vous participerez à notre prière par laquelle nous implorons Dieu de les libérer. Grâce à votre décision, 10 millions de familles retrouveront la joie, inchallah. M’appuyant sur nos pensées parallèles, je vous le demande. Je t’embrasse très fort”, peut-on lire dans ce document que la police aurait retrouvé dans le domicile de Fevzi Yazici, l’ancien graphiste du journal Zaman.

Selon le procureur, quelques jours plus tard, les juges Mustafa Baser et Metin Özçelik remettaient en liberté Karaca et 62 policiers.

Or, le document s’est avéré un faux. La signature de Gülen est tout bonnement un copier-coller d’un courrier que ce dernier avait envoyé au président de la République Abdullah Gül, le 22 décembre 2013, juste après les révélations de corruption.

Autre indice, le document est truffé de fautes d’orthographe. Un vice rédhibitoire quand on sait que Gülen passe pour un virtuose de la langue turque. Ainsi, “Allah’ım” devient “Allahım”, “hasebiyle” devient “hesabiyle”, “inşâallah” devient “inşallah” et surtout, la lettre se termine par un terme d’affection jamais usité par l’imam, “gözlerinden öperim” (littéralement, “je t’embrasse les yeux”), et ce, en utilisant le tutoiement alors que le vouvoiement est de mise dans le reste de la lettre.

En outre, Hüseyin Korkmaz avait été remis en liberté non pas par les juges Baser et Özçelik mais par Ahmet Civelek, membre de l’association proche du pouvoir, la Plateforme pour l’union dans la justice, devenu aujourd’hui président de chambre à la cour d’appel.

Les avocats de Gülen ont déclaré sur Twitter que le document n’était qu’une “sornette produite et fabriquée pour être utilisée dans le procès aux Etats-Unis” et ont demandé pourquoi cette “preuve” n’avait pas été produite dans les affaires contre Yazici, Baser et Özçelik si elle était si probante.

Ce n’est pas la première fois que le camp Erdogan produit des faux pour discréditer Gülen. Les journaux Takvim et Yeni Safak avaient respectivement publié un passeport montrant que Gülen était en réalité un cardinal du Vatican et un document montrant que le même Gülen faisait partie de la franc-maçonnerie.

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