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Erdogan : la dégringolade de la livre turque est une attaque des ennemis de la Turquie

La livre turque a battu mercredi de nouveaux records à la baisse face au dollar et à l’euro sur fond d’inquiétude des marchés.

Le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu’il s’agissait d’une “attaque économique des ennemis de la Turquie”.

« Il s’agit de stratagèmes joués sur notre économie », a-t-il déclaré lors d’un discours à Ankara. « Je dis à ceux qui attaquent notre économie: Vous ne réussirez pas. Tout comme vous avez échoué jadis, vous échouerez à nouveau. »

La livre turque, l’une des monnaies des marchés émergents les moins performantes cette année, a atteint son taux le plus bas ces cinq derniers jours. Elle a également été mise sous pression par une vente de roubles et par l’éventuelle frappe de missiles américains sur la Syrie. La Russie, principal allié de la Syrie, est un partenaire commercial majeur de la Turquie.

La devise turque s’est brièvement échangée à 4,19 livres contre un dollar, avant de revenir à 4,15 en fin d’après-midi, soit une perte de 0,88% de sa valeur sur la journée, et de 9,42% depuis le début de l’année.

Elle a par ailleurs brièvement atteint 5,19 livres contre un euro avant de revenir à 5,13, soit une perte d’environ 1% de sa valeur sur la journée et de presque 13% depuis le début de l’année.

Les investisseurs disent que la majeure partie des problèmes de la Turquie sont inhérents au pays, s’inquiétant de l’influence excessive qu’a Erdoğan sur la politique monétaire. S’autoproclamant   «ennemi des taux d’intérêt», Erdoğan a appelé à plusieurs reprises la Banque centrale à baisser les taux pour stimuler la croissance, alors que l’inflation a atteint des taux à deux chiffres.

La réticence de la banque à resserrer sa politique (elle a maintenu ses taux lors de ses deux dernières réunions) n’a fait qu’augmenter l’impression qu’elle est sous pression politique.

L’économiste confirmé des marchés émergents William Jackson, travaillant pour Capital Economics a déclaré : « En ce moment, les marchés veulent vraiment voir une hausse des taux par la banque centrale pour montrer que c’est encore une institution crédible, qu’elle prend son ciblage d’inflation quelque peu au sérieux et qu’elle est prête à résister aux pressions du gouvernement ».

Dans un discours, le Premier ministre Binali Yildirim a déclaré : « La banque centrale est responsable de la politique monétaire (…) elle a pris les mesures nécessaires jusqu’à présent, et elle continuera à le faire ». Il n’a pas précisé ce que les mesures pourraient entraîner.

Les données publiées mercredi ont montré que le déficit de la balance commerciale (laquelle mesure au sens large les revenus des biens et services) a atteint 4,152 milliards de dollars en février.

C’est moins que les 4,2 milliards de dollars prévus dans un sondage Reuters, mais une augmentation de plus de 60% par rapport à la même période un an plus tôt. Un analyste a déclaré que cela confirmait la vulnérabilité de la Turquie sur le front de la balance des paiements.

“[Cela] souligne les défis pour la CBRT [banque centrale] dans la gestion de la livre turque quand Erdoğan lui a coupé l’herbe sous les pieds en termes de limitation de sa capacité à hausser les taux directeurs”, a déclaré Timothy Ash, stratège de Bluebay Asset Management.

La prochaine réunion de fixation de taux de la banque centrale aura lieu le 25 avril. Toute mesure en deçà d’une hausse déterminante des taux risque de mettre davantage de pression sur la monnaie turque, ont indiqué les analystes.

Erdoğan a qualifié cette action comme une attaque de la part des ennemis de la Turquie, un argument qui trouve écho chez nombre de ses partisans.

Un tel commentaire risque peu d’attirer les investissements, a déclaré Jackson.

“Si cela est décrit comme une attaque contre l’économie, cela suggère qu’il n’y a pas de discussion sur ce qui doit potentiellement changer en termes de politique monétaire et fiscale”, a-t-il dit.

 

Les économistes mettent aussi régulièrement en garde la Turquie contre les risques de surchauffe de son économie : le pays a enregistré en 2017 une croissance de 7,4%, alors que l’inflation se maintenait à plus de 11% en février.

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