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[TRIBUNE] Erdogan promeut violence et radicalisme au sein de la diaspora turque

L’aspect violent de la radicalisation inquiétante de la diaspora turque avec une forte dose d’idéologie nationaliste et islamiste a été personnellement alimenté par le président Recep Tayyip Erdoğan, qui récompense publiquement les méfaits et glorifie sans honte ceux qui se substituent à la justice parmi les communautés expatriées. En conséquence, le président turc est non seulement en train de créer un chemin très dangereux qui est une trajectoire violente suivie par de nombreuses personnes, mais il libère aussi des monstres à des fins néfastes dans les pays d’accueil.

Cette semaine, Erdoğan a personnellement appelé le ressortissant turc Yusuf Ünsal, qui a été arrêté par la police allemande pour son intervention dans une manifestation à Stuttgart contre l’offensive militaire du gouvernement turc dans le district d’Afrin en Syrie. La police a dû l’éloigner de la foule, l’isoler et le retenir avant que la situation ne s’aggrave. Tandis qu’il était plaqué au sol, un autre fan d’Erdoğan le filmait alors qu’il s’écriait : “Jusqu’à la mort, je soutiendrai Erdoğan”. Cette vidéo a été largement relayée par les médias pro-gouvernementaux en Turquie avant qu’Erdoğan ne prenne le téléphone et le félicite pour son soutien. Cela fait suite à une déclaration du Premier ministre Binali Yıldırım, qui l’a proclamé comme patriote, lui a transmis ses salutations et condamné la police allemande.

Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais plutôt d’un modèle qui s’élargit et que l’on peut apercevoir dans le comportement des dirigeants islamistes de Turquie qui encouragent sans vergogne la diaspora à manifester des comportements violents au nom de l’amour pour la patrie. Beaucoup de gouvernements étrangers qui ont tendance à croire que la diaspora turque est plus ou moins intégrée dans leurs sociétés, en particulier en Europe, ont pris conscience du fait inquiétant que les groupes de la diaspora turque pro-Erdoğan deviennent un véritable handicap susceptible de déstabiliser les systèmes politiques des pays qui les accueillent.

Nous avons constaté un scénario similaire lors des élections législatives aux Pays-Bas où le président Erdoğan a personnellement ordonné à Fatma Betül Sayan Kaya, ministre de la Famille et des Politiques sociales, de traverser la frontière allemande pour un rassemblement de campagne après que le gouvernement néerlandais a révoqué, le 11 mars 2017, les droits d’atterrissage du ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu, lui empêchant ainsi de réaliser sa visite aux Pays-Bas. Des milliers de supporters d’Erdoğan ont affronté la police néerlandaise à Rotterdam, où 12 suspects ont été arrêtés et au moins sept autres blessés. Halil Ibrahim Kurt et son frère Hüseyin Kurt, blessés dans les affrontements, ont été rapatriés en Turquie par le gouvernement turc pour y être soignés. Le 5 avril 2017, Erdoğan a personnellement accueilli Hüseyin dans son palais à Ankara pour l’honorer.

Autre exemple : Erdoğan a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Çavuşoğlu, en septembre 2017, pour qu’il rende visite à deux ressortissants turcs emprisonnés, Eyüp Yıldırım de la ville de Manchester au New Jersey, et Sinan Narin de McLean en Virginie, impliqués dans une altercation aux abords de la résidence de l’ambassadeur de la Turquie à Washington D.C. en mai 2017. Après sa visite, Çavuşoğlu a publié un Tweet déclarant : «Nous avons transmis l’amour et les salutations de la nation», y ajoutant deux photos. Les deux hommes ont été arrêtés après avoir été accusés d’avoir participé à de violentes attaques contre des manifestants qui protestaient contre la visite d’Erdoğan dans la capitale américaine. Neuf personnes ont été blessées dans la mêlée quand les partisans d’Erdoğan et ses gardes du corps ont attaqué les manifestants. Les deux hommes ont plaidé coupable d’agression et ont été condamnés à un an et un jour de prison en avril 2018.

Il existe d’autres exemples : certains, connus du public et d’autres, qui n’ont été publiés que dans les réseaux pro-Erdoğan de la diaspora, où le comportement radical et violent a été salué comme devoir patriotique par le gouvernement et les hauts responsables du parti Justice et Développement (AKP). Cela donne un mauvais exemple, sape les politiques d’intégration du gouvernement qui accueille les groupes de la diaspora turque et pose un risque pour la sécurité nationale, ce qui pourrait très bien avoir un impact sur la politique locale et nationale au sein des partis d’extrême droite en Europe.

L’intervention flagrante du gouvernement turc dans les affaires des autres pays sous prétexte de protéger la diaspora, couplée au discours islamiste et nationaliste brutal des dirigeants turcs, pourrait faire pencher la balance dans les cycles électoraux.

Abdullah Bozkurt, journaliste turc en exil et président du Stockholm Center of Freedom

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